La Global Water Initiative (GWI) était un programme de recherche-action et de plaidoyer qui a pris place de 2008 à 2017. Le projet est maintenant clos. Ce site n'est plus mis à jour, mais l’ensemble de ses ressources restent accessibles jusqu'au 1er octobre 2020, date à laquelle il sera également fermé. Après cette date, des informations sur le projet et les principales publications de GWI resteront disponibles sur le site internet de l'IIED et dans sa section Publications.

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La CEDEAO adopte une directive sur la construction des grands barrages en Afrique de l’Ouest

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La 78e session ordinaire du Conseil des Ministres de la CEDEAO, qui s’est tenue à Monrovia (Libéria) les 1er et 2 juin 2017, a adopté une directive sur le développement d’infrastructures hydrauliques en Afrique de l’Ouest. Cette nouvelle directive entre donc en vigueur immédiatement sur l’ensemble du territoire des pays de la CEDEAO. 

Carte des barrages en Afrique de l'Ouest - Crédit : CEDEAO

Carte des barrages en Afrique de l'Ouest - Crédit : CEDEAO

L’adoption de la directive par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est une étape importante pour la construction de meilleurs barrages. Les États devront la transposer dans leurs législations, en principe dans un délai de trois ans. Cette adoption est le résultat d’un dialogue régional sur les grandes infrastructures hydrauliques initié par la CEDEAO en 2009, qui a vu une forte mobilisation de la société civile.

 « La directive régionale encadre la conception et la construction des barrages », détaille Ibrahim B. Wilson, directeur du Centre de coordination des ressources en eau de la CEDEAO. « Son objectif est de faire en sorte que les considérations d'ordre écologique, économique et social soient davantage prises en compte dans la mise en œuvre de projets transfrontaliers d'infrastructures hydrauliques en Afrique de l'Ouest afin de garantir leur viabilité et d’assurer le développent durable de notre région. »

La mise en application de la directive vise à atteindre ces changements à travers des mesures concrètes, en encourageant par exemple la recherche d’options alternatives aux projets qui conduiraient aux mêmes résultats économiques tout en réduisant les impacts sociaux et environnementaux. Le texte appuie aussi la généralisation des évaluations environnementales stratégiques, au niveau sectoriel (hydroélectricité, énergie, irrigation, etc.) ou régional (au niveau d’un bassin). Il demande clairement des cadres juridiques et procéduraux plus robustes pour garantir le partage des bénéfices (terres agricoles, électricité, eau potable, pâturages, zones de pêche, etc.) avec les populations affectées et la protection des droits de ces populations. Enfin, il prône une plus grande transparence et une meilleure communication pour renforcer la concertation et la collaboration entre les parties prenantes, et en particulier la participation effective et en toute connaissance de cause des populations affectées aux prises de décision.

« Pour garantir une bonne application de la directive, un effort de veille et de contrôle doit être assuré », préconise Jamie Skinner, directeur de la Global Water Initiative en Afrique de l’Ouest. « Pour ce faire, la coopération entre les différentes parties prenantes est essentielle. Le rôle de la société civile est déterminant. Le Centre de coordination des ressources en eau de la CEDEAO devra être le garant de la poursuite de ce processus de dialogue qui demandera l’établissement de partenariats multi-acteurs durables. »

Environ 150 grands barrages ont été construits à ce jour en Afrique de l’Ouest, et 40 supplémentaires sont en projet ou en cours de réalisation, principalement dans les bassins des fleuves Niger, Sénégal, Volta et Gambie. Les évaluations économiques existantes montrent que leurs résultats sont mitigés : les rendements économiques sont généralement bons pour l’énergie mais faibles pour l’agriculture, à cause d’hypothèses de faisabilité trop optimistes au départ. Les effets néfastes, conséquents et à long terme, de ces ouvrages sur l’environnement et les sociétés locales interpellent.

« L’adoption de cette directive est le fruit d’un processus long et participatif que l’UICN a soutenu dès le début, car s’il est souhaitable d’investir dans les infrastructures naturelles et les services écosystémiques qui en découlent, il est aussi absolument nécessaire d’améliorer les standards des grandes infrastructures hydrauliques pour en limiter les impacts sociaux et environnementaux négatifs », explique le Pr Aimé J. Nianogo, directeur régional de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

La réalisation de trois ouvrages structurants sur le fleuve Niger (Fomi en Guinée, Kandadji au Niger et Taoussa au Mali) déplacera près de 150 000 personnes. Les bouleversements sociaux engendrés devront être encadrés par des outils juridiques et un accompagnement social solides, à même de garantir que les droits des communautés locales sur leurs terres et les ressources naturelles associées seront compensés de manière juste. Les gouvernements et les investisseurs privés qui ne respecteraient pas ces droits courent le risque d’accroitre la pauvreté et de provoquer des conflits liés à la gestion de l’eau et des ressources connexes. Et ces risques ne se limitent pas au niveau local : la plupart de ces ouvrages hydrauliques ont en effet un caractère transfrontalier et des implications sur l’ensemble des territoires des bassins hydrographiques et des pays concernés.

 

Ressources associées : 

Contact : 

Pour plus d’informations ou un entretien, nous vous invitons à contacter :

Mahamane Dédéou TOURÉ
Chargé de programmes régionaux, CCRE/CEDEAO
mdtoure@yahoo.fr

Jérôme KOUNDOUNO
Coordinateur régional, Global Water Initiative (GWI), UICN
jerome.koundouno@iucn.org

Marcello ROCCA
Conseiller en communication, Global Water Initiative (GWI), UICN
Marcello.rocca@iucn.org