La Global Water Initiative (GWI) était un programme de recherche-action et de plaidoyer qui a pris place de 2008 à 2017. Le projet est maintenant clos. Ce site n'est plus mis à jour, mais l’ensemble de ses ressources restent accessibles jusqu'au 1er octobre 2020, date à laquelle il sera également fermé. Après cette date, des informations sur le projet et les principales publications de GWI resteront disponibles sur le site internet de l'IIED et dans sa section Publications.

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La riziculture n'est pas qu'une histoire de terre et d’eau

Anonymous

Des recherches en Afrique de l’Ouest révèlent que les exploitants familiaux ne profitent pas assez des investissements dans l’irrigation car ils n’ont pas accès aux services agricoles dont ils ont besoin.

Un nouveau rapport exhorte les gouvernements et les agences de développement à élaborer des stratégies de services de conseil agricole sensibles au contexte et à soutenir des systèmes qui répondent aux besoins des agriculteurs locaux (Photo: Mike Goldwater/GWI Afrique de l'Ouest)

Un nouveau rapport exhorte les gouvernements et les agences de développement à élaborer des stratégies de services de conseil agricole sensibles au contexte et à soutenir des systèmes qui répondent aux besoins des agriculteurs locaux (Photo: Mike Goldwater/GWI Afrique de l'Ouest)

La riziculture au Sahel n’a rien de facile – mais le riz est de plus en plus prisé par les consommateurs d’Afrique de l’Ouest. C’est la raison pour laquelle les gouvernements et les bailleurs de fonds ont investi dans de grands périmètres irrigués, espérant ainsi réduire la dépendance envers les importations de riz et doper l’économie locale.

Mais la riziculture nécessite plus que des actifs physiques comme l’eau, la terre, les semences et les engrais.

Le savoir (sur les technologies et les marchés) et les relations (avec les fournisseurs et les acheteurs) sont tout aussi importants. Les agriculteurs ont besoin d’aide pour développer ces deux éléments et les services de conseil agricole (SCA) sont censés leur apporter cette aide. Mais est-ce vraiment le cas ?

Un nouveau rapport de la Global Water Initiative (GWI) explore le rôle des SCA pour faire en sorte que les investissements dans les infrastructures d’irrigation donnent de bons résultats – pour les exploitants familiaux locaux et pour les pouvoirs publics. Le rapport a été lancé le 30 septembre 2016 à Limbé, au Cameroun, lors de la conférence annuelle de RESCAR-AOC, le réseau de SCA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Les agriculteurs ont besoin de conseil

L’intérêt envers les services de conseil agricole (ou la « vulgarisation agricole » comme on l’appelait auparavant) n’a rien de nouveau. Aucun professionnel digne de ce nom ne saurait nier le besoin d’appuyer les investissements dans les infrastructures agricoles à l’aide d’investissements dans les institutions pour veiller à ce que les agriculteurs acquièrent les connaissances, les incitations et les ressources pour produire plus et produire mieux.

Mais les SCA ont longtemps été le parent pauvre de la recherche agricole, et les investissements tendent généralement à financer le développement de nouvelles technologies plutôt que leur promotion. C’est ainsi que des variétés améliorées de riz et d’autres cultures de base ont pu contribuer à un accroissement de la productivité et de la sécurité alimentaire dans beaucoup de régions du monde, en particulier sous irrigation.

Toutefois, pour veiller à ce que les agriculteurs aient accès aux technologies, à ce qu’ils puissent eux-mêmes innover, mettre en commun des apprentissages et faire des choix éclairés concernant les méthodes de production qui leur conviennent le mieux, ils ont besoin d’autre chose que d’infrastructures et de technologies.

Les services de conseil agricole sont censés aider les agriculteurs à s’organiser en coopératives, à accéder aux intrants et aux marchés, et leur fournir des conseils techniques et commerciaux le long de la chaîne de valeur.

Les exploitants familiaux profitent-ils des services agricoles ?

Mais est-ce que les services de conseil agricole fonctionnent pour les exploitants familiaux des grands périmètres irrigués d’Afrique de l’Ouest ? Pas vraiment, d’après la recherche-action de GWI.

Les organisations de producteurs et les prestataires de services agricoles (gestionnaires des périmètres irrigués, chercheurs agronomes et fournisseurs d’intrants) dans trois périmètres au Mali (Sélingué), au Burkina Faso (Bagré) et au Sénégal (Anambé) ont identifié une palette de défis aussi bien du côté de la demande que du côté de l’offre.

Le projet a révélé que les agriculteurs ont souvent du mal à définir des priorités et à exprimer les services dont ils ont besoin et qu’ils ne sont pas suffisamment bien organisés pour obliger les prestataires de services à leur rendre des comptes – aussi bien ceux du secteur privé que ceux des pouvoirs publics.

Et beaucoup d’organisations de producteurs ont des systèmes de gouvernance fragiles, de faibles niveaux de transparence et de légitimité et des capacités financières et organisationnelles médiocres, de sorte qu’elles sont mal placées pour répondre ou plaider en faveur des besoins de leurs membres.

Du côté de l’offre, la situation est rarement meilleure, du fait d’un manque de coordination entre les prestataires de SCA, de capacités techniques et organisationnelles médiocres et d’un manque de motivation et de leadership.

Lorsque des conseils sont disponibles, souvent ils ne sont pas ciblés sur les besoins des différents types d’agriculteurs. Investir dans la remise en état d’infrastructures coûteuses pour les périmètres irrigués existants, ou en construire de nouveaux sans résoudre ces défis institutionnels ne semble pas une bonne idée.

De plus en plus, les investisseurs tels que les pouvoirs publics et les banques de développement reconnaissent l’importance de ce type de soutien des institutions agricoles – de sorte que les investissements « physiques » dans les infrastructures s’accompagnent aujourd’hui d’investissements dans le renforcement des capacités et des chaînes de valeur, aussi bien pour les agriculteurs que pour les prestataires de services.

Ainsi par exemple, un récent projet de l’AFD (Agence française de développement) dans le bassin de l’Anambé au Sénégal a consacré une partie de son budget au renforcement des organisations de producteurs afin de veiller à ce que les infrastructures d’irrigation réhabilitées puissent être entretenues et utilisées de manière efficace et efficiente.

Même si elles sont bien intentionnées, de telles initiatives sont généralement conçues par des consultants qui connaissent mal les besoins précis des différents types d’agriculteurs et qui ont une idée approximative des relations de pouvoir et des liens sociaux locaux. De tels projets tendent aussi à avoir une durée de vie limitée, alors que les périmètres irrigués ont besoin de soutien, de systèmes organisationnels et d’institutions de gouvernance au service des générations d’agriculteurs à venir.

Élaboration de plans d’action

En réponse à des demandes de parties prenantes locales, GWI a piloté un processus participatif à l’intention des gestionnaires de périmètre, des agriculteurs et autres acteurs pour qu’ils puissent analyser en commun les défis et les opportunités en présence et élaborer des plans d’action. Ces plans (pour le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso) servent désormais à éclairer les interventions par les acteurs du développement locaux et extérieurs dans chacun des trois périmètres.

Le rapport analyse les SCA du point de vue de l’offre et la demande et il plaide en faveur d’investissements dans les capacités organisationnelles et dans des institutions appropriées pour coordonner, communiquer et gérer les SCA le long de la chaîne de valeur.

Il affirme que les grands périmètres irrigués ont encore plus besoin de SCA opérationnels que les systèmes agricoles extensifs des zones arides pour garantir des retours sur investissements, mais surtout, pour s’assurer que les exploitants familiaux puissent gagner leur vie grâce à la riziculture irriguée.

Il exhorte les gouvernements et les agences de développement à élaborer des stratégies de SCA sensibles au contexte et à soutenir des systèmes qui répondent aux besoins des populations locales – faute de quoi, l’Afrique de l’Ouest continuera de dépendre du riz importé, avec tous les risques que cela comporte.

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Barbara Adolph (barbara.adolph@iied.org) est chercheuse principale au sein du Groupe des ressources naturelles à l’IIED

La version originale de ce blog a été publiée en anglais sur le site web de l’IIED le 30 septembre 2016